Pierre Gasly, Daniel Ricciardo, Max Verstappen et Charles Leclerc : les vainqueurs des cinq derniers Grands Prix d’Italie à Monza ont tous un point commun. Aucun d’entre eux n’avait signé la pole position. Un paradoxe, quand on sait que sur la majorité des circuits, partir devant est souvent la clé pour gagner. Mais Monza a toujours fait exception, et l’histoire du tracé italien le confirme.
Un circuit façonné par l’histoire et le slipstream
Monza accueille la Formule 1 presque sans interruption depuis 1950. Mais au fil des décennies, sa configuration a beaucoup évolué. Jusqu’en 1972, il n’existait pas de chicane pour casser les vitesses avant la Curva Grande : les pilotes profitaient alors d’un effet d’aspiration énorme dans la longue ligne droite des stands, ce qui rendait le poleman très vulnérable dans les premiers mètres.
L’ajout de chicanes n’a pas totalement changé la donne. La distance entre la grille de départ et le premier freinage reste longue (470 mètres), offrant encore aujourd’hui un véritable jeu d’aspirations où tout peut basculer dès le premier virage. La première chicane elle-même est connue pour être piégeuse : un goulet d’étranglement qui a déjà causé des carambolages mémorables, comme celui de 1978 impliquant Ronnie Peterson.

Charles Leclerc, le dernier à remporter le GP italien, menant le pack dans les premiers coins en 2019 Photo de : Glenn Dunbar / Motorsport Images
Le poids des circonstances
Depuis l’instauration de la configuration actuelle en 2000, seulement 14 courses ont été remportées depuis la pole. Et entre 2020 et 2024, aucun poleman n’a converti sa position en victoire, la plus longue série de ce type à Monza.
Mais attention : cela ne signifie pas qu’une malédiction plane sur la pole position. Souvent, les circonstances de course ou la supériorité stratégique expliquent ces renversements.
- 2020 : Pierre Gasly s’impose depuis la 10e place après une course folle. Hamilton, parti de la pole, prend une pénalité pour avoir ravitaillé dans une voie des stands fermée, tandis que Gasly profite du drapeau rouge et d’un arrêt parfait pour se retrouver en tête.
- 2021 : Daniel Ricciardo profite d’un format sprint inhabituel. Valtteri Bottas, qui devait partir en pole, est relégué par une pénalité moteur. Ricciardo prend l’avantage au départ sur Verstappen et résiste ensuite, aidé par l’accrochage Hamilton-Verstappen.
- 2022 : Max Verstappen remonte de la 7e place après une pénalité. La Red Bull est clairement plus rapide en rythme de course, et Leclerc, parti en pole, ne peut rien faire malgré un bon départ.
- 2023 : rebelote pour Verstappen. Parti 2e derrière Sainz, il met la pression dès les premiers tours. Une petite erreur du pilote Ferrari à la première chicane suffit pour inverser les positions.
- 2024 : Charles Leclerc profite d’un duel fratricide entre Norris et Piastri, partis devant lui. Ferrari joue une stratégie agressive en s’arrêtant tôt, et Leclerc gagne sur la position en piste.
Pole ≠ victoire automatique
Ce schéma illustre une constante : à Monza, tout peut basculer. Que ce soit une erreur au départ, une pénalité, une stratégie audacieuse ou l’effet d’aspiration, la pole ne garantit rien. Leclerc, en 2019, est le dernier à avoir transformé la pole en victoire, et il avait dû défendre chèrement sa place face aux Mercedes pour y parvenir.
L’effet statistique pourrait laisser croire à une tendance, mais il s’agit davantage d’une succession de scénarios particuliers. Les courses de 2020 à 2024 ont été marquées par des contextes uniques : drapeaux rouges, formats expérimentaux, pénalités ou différences de rythme de course flagrantes.

Lewis Hamilton, Mercedes W12 et Max Verstappen, Red Bull Racing RB16B, s’écrase de la course Photo de : Zak Mauger / Motorsport Images
Monza, temple de l’imprévisible
Au fond, c’est peut-être ce qui fait la magie de Monza. Ce circuit mythique, temple de la vitesse pure, récompense rarement la simple performance sur un tour. La gestion de course, la stratégie et parfois la chance pèsent bien plus lourd que la pole position.
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