Le Maroc se remet en piste : un projet de circuit homologué FIA Grade 1, mêlé à un vaste complexe touristique et économique, refait surface près de Tanger. Chiffré à 1,2 milliard de dollars, avec déjà 800 millions de financements privés, ce plan ambitieux vise à ramener la Formule 1 au Maroc – et en Afrique – pour la première fois depuis plusieurs décennies. Mais au-delà de l’enthousiasme, se pose la question : le Royaume dispose-t-il réellement des moyens techniques, financiers, logistiques et politiques pour accueillir un tel événement ? Cet article examine les forces, les défis, et les conditions pour que ce rêve devienne réalité.

Qu’est-ce qui se dessine aujourd’hui au Maroc ?
- Le site envisagé est situé à 20 km au sud de Tanger.
- Le projet inclut un circuit homologué FIA Grade 1, ce qui est la condition minimale pour accueillir une course de Formule 1.
- Autres composantes du complexe : hôtels de luxe, marina, centre commercial, parc à thème, infrastructures hôtelières, etc.
- Création estimée de ~10 000 emplois directs et indirects.
- Financement : déjà ~800 millions de dollars levés auprès d’investisseurs privés ; le reste attendu après l’approbation gouvernementale.
- Calendrier visé : démarrage possible des travaux vers mi-2026, pour une livraison vers 2028 si tout se passe bien.
Qu’est-ce qu’un circuit FIA Grade 1 ? Les normes à respecter
Pour qu’un circuit puisse accueillir un Grand Prix de Formule 1, il doit répondre à des normes strictes fixées par la FIA :
| Critère | Exigences |
|---|---|
| Homologation Grade 1 | Le grade le plus élevé : sécurité maximale, installations de pointe. Sans Grade 1, pas de F1. |
| Longueur du tracé | Variée selon les circuits, mais souvent entre ~4,5 km et ~7,5 km pour les circuits modernes permanents. Trop court ou mal placé, et ce sera rejeté. |
| Largeur, zones de dégagement (run-off), barrières de sécurité | Largeur minimale partout, virages avec dégagements suffisants, barrières modernes, bons revêtements… |
| Pit-lane, paddock, infrastructures des stands | Doivent être adaptés : logistique, espaces pour les équipes, garages, accès des véhicules. |
| Installations pour spectateurs / média | Tribunes, accès, stationnement, hôtels, services, hôpitaux. |
| Frais & coûts de construction / entretien | Pour l’asphalte, les structures, le personnel, la maintenance, sécurité. |
Les atouts du Maroc
Le Maroc dispose d’un certain nombre de leviers qui renforcent sa candidature potentielle. D’abord, le pays possède déjà une expérience dans l’organisation d’événements automobiles d’envergure internationale. Le circuit urbain Moulay El Hassan de Marrakech a accueilli le WTCC (devenu WTCR) pendant plusieurs années, prouvant la capacité du royaume à mettre sur pied une course FIA de haut niveau. Ensuite, le Maroc jouit d’une situation géographique stratégique : à la croisée de l’Europe et de l’Afrique, il est accessible en quelques heures d’avion depuis Paris, Londres ou Madrid. À cela s’ajoute un secteur touristique développé, capable d’absorber des dizaines de milliers de visiteurs venus spécialement pour un week-end de Grand Prix.
Enfin, le Maroc bénéficie d’un soutien institutionnel fort pour des événements sportifs d’ampleur, comme en témoignent la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA ou la candidature marocaine pour le Mondial 2030.
Les obstacles et défis majeurs
Cependant, accueillir une course de Formule 1 ne se limite pas à construire un circuit. Les coûts liés à l’organisation sont colossaux : la redevance annuelle demandée par la F1 s’élève souvent à plus de 30 millions de dollars, sans compter la construction ou l’aménagement d’infrastructures homologuées selon les normes FIA Grade 1. Or, aucun circuit permanent au Maroc ne répond actuellement à ces standards. L’exemple de Marrakech, malgré son succès populaire, montre les limites d’un tracé urbain temporaire : logistique lourde, coûts élevés de montage et démantèlement, et manque de perspectives long terme. Par ailleurs, la F1 reste un produit global dont les détenteurs des droits choisissent les destinations en fonction d’intérêts stratégiques.
Les pays du Golfe, avec leurs moyens financiers quasi illimités, ont renforcé leur présence dans le calendrier, rendant la compétition féroce pour décrocher une place. Pour le Maroc, le défi réside donc à la fois dans le financement, l’infrastructure et la capacité à s’inscrire durablement dans une logique économique profitable.
Scénarios possibles
| Scénario | Ce qu’il faut pour qu’il se réalise | Calendrier possible |
|---|
| Scénario optimiste | Projet approuvé, financement total sécurisé (gouvernement + investisseurs), homologation FIA Grade 1 dès la construction, un contrat avec la F1 signé. |
GP possible juste après le mondial 2030 |
| Scénario réaliste | Des retards dans les autorisations, ajustements des normes, financement partiellement public, nécessité d’investissements additionnels, mise en service tardive. | GP vers 2033 possible si les conditions s’améliorent et qu’il y a une forte volonté politique et institutionnelle. |
| Scénario pessimiste | Difficultés de financement, divergences sur le tracé, opposition locale ou environnementale forte, obstacles pour l’homologation, ou manque de contrat ferme avec la F1. | Projet repoussé de manière indéfinie, ou utilisé uniquement pour d’autres championnats, sans atteindre le statut GP de F1. |
Comparaisons internationales
Pour mieux comprendre la faisabilité d’un Grand Prix au Maroc, il est utile de se tourner vers d’autres expériences. L’Afrique du Sud, par exemple, milite activement depuis plusieurs années pour le retour du Grand Prix de Kyalami, un circuit qui répond déjà aux normes FIA. Malgré une histoire riche en F1 et un marché plus développé, le projet peine à aboutir en raison de difficultés financières et politiques. À l’inverse, des pays comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar ont réussi à s’imposer grâce à d’énormes investissements publics et privés, transformant leurs Grands Prix en vitrines internationales.
Pour le Maroc, la situation se situe entre ces deux extrêmes : d’un côté, une attractivité touristique et culturelle qui pourrait séduire Liberty Media et les écuries ; de l’autre, une capacité financière plus limitée et une infrastructure encore à construire.
En peu de mots
Un Grand Prix de Formule 1 au Maroc n’est donc pas impossible, mais il relève pour l’instant davantage du rêve que de la réalité concrète. Les atouts existent, notamment en termes d’expérience, de positionnement géographique et de rayonnement touristique. Toutefois, les défis financiers et techniques constituent un obstacle majeur. Dans l’immédiat, le Maroc pourrait miser sur le développement du sport automobile local, du sim racing et de compétitions régionales pour renforcer sa légitimité, en attendant peut-être un jour de voir la F1 faire rugir ses moteurs à Marrakech, Casablanca ou ailleurs.
© Paddock Team
