« Isack est différent », affirmait Helmut Marko après le podium sensationnel de Hadjar à Zandvoort, lorsqu’on lui a demandé si le Français pouvait supporter la pression d’un potentiel statut de coéquipier de Max Verstappen.
Si les rumeurs d’une promotion dès 2026 paraissent prématurées, Hadjar a clairement marqué des points dans la hiérarchie Red Bull. Surtout face à Yuki Tsunoda et Liam Lawson, ses rivaux directs pour le deuxième baquet. Promouvoir Arvid Lindblad serait irréaliste, même selon les standards agressifs du programme junior.
Hadjar a désormais l’avantage sur Tsunoda, dont les performances stagnent malgré plusieurs saisons en F1. Quant à Lawson, difficile de dire qu’il ait eu une vraie opportunité : onze Grands Prix seulement, souvent dans des contextes défavorables.
Mais cela suffit-il à justifier une place chez Red Bull dès 2026 ? Probablement pas. Beaucoup estiment qu’il lui faudrait une ou deux saisons supplémentaires avec VCARB F1 Team pour arriver réellement préparé.
Le contexte par rapport à Tsunoda et Lawson

Yuki Tsunoda, Red Bull Racing Team | Photo de: Kym Illman / Getty Images
Pour Red Bull, conserver Tsunoda reste une option, même si ses arguments s’effritent. Laurent Mekies parlait à Monza du besoin « d’échantillons propres » pour l’évaluer, mais ceux-ci se font rares. En 14 courses avec Red Bull, il peine encore à enchaîner des week-ends aboutis.
Ses débuts compliqués, aligné très tôt face à Verstappen dans un RB21 taillé pour le Néerlandais, n’ont pas aidé. Quelques performances correctes en qualifications (Spa, Hongrie, Monza) ont montré un léger rapprochement, mais rien de suffisant pour convaincre. La patience de ses patrons s’amenuise.

Isack Hadjar, Racing Bulls Team, Laurent Mekies, Alpine | Photo par: Mark Thompson – Getty Images
Lawson a-t-il eu une chance équitable ? Probablement pas. Deux Grands Prix dans l’urgence en remplacement de Ricciardo, puis une pression énorme pour prouver sa valeur en peu de temps : le contexte était défavorable. Ses résultats furent jugés en-deçà, mais les attentes étaient sans doute irréalistes.
Comme Gasly ou Albon avant lui, il a été lancé trop tôt, sans préparation suffisante. Red Bull l’a testé dans des conditions impossibles, et il n’a pas pu montrer son plein potentiel.
Un schéma qui se répète

Depuis des années, Red Bull expose ses juniors à une pression démesurée. Tsunoda en est l’exemple parfait : d’abord laissé dans l’ombre, puis propulsé comme dernier recours. Lawson a connu la même brutalité. Et maintenant, Hadjar risque d’être le prochain.
Lui-même le reconnaissait à Monza :
« En début d’année, on me demandait si je me sentais prêt à sauter directement chez Red Bull. La réponse est toujours non. Mais en 2026, ce sera différent, car l’équipe repartira d’une feuille blanche. »
L’argument se tient : avec le changement de règlement, le développement des voitures sera réinitialisé, et Hadjar pourrait apprendre sur un pied d’égalité. Mais partager un garage avec Verstappen reste une tâche titanesque. Sa vitesse n’est qu’un atout parmi d’autres : son travail technique, sa relation quasi fusionnelle avec son équipe et son expérience le rendent redoutable.
Le pari de Red Bull

Max Verstappen, Red Bull Racing, Helmut Marko, Red Bull Racing, Laurent Mekies, Red Bull Racing Team Principal | Photo par: Mark Thompson / Getty Images
Hadjar arriverait avec une seule saison de F1 dans les jambes. Moins d’expérience que Gasly, comparable à Albon ou Kvyat, et seulement un peu plus que Lawson. Suffisant pour affronter Verstappen ? Difficilement.
Marko insiste sur le fait qu’Isack est « différent ». Mais ce n’est pas la première fois que Red Bull brandit cet argument pour justifier une promotion précipitée. Lawson devait être mentalement solide, Tsunoda suffisamment mûr… aucun n’a pu confirmer dans l’environnement Red Bull.
En réalité, Hadjar aurait tout à gagner à rester encore un an ou deux dans l’équipe sœur, à apprendre, progresser et bâtir une base solide. Red Bull, en revanche, a tout à perdre à précipiter son intégration.
Le podium de Zandvoort a révélé l’immense potentiel de Hadjar. Mais il a aussi mis en lumière ses zones d’amélioration : un manque de constance, parfois dominé par Lawson lors de la tournée européenne. Il doit encore apprendre.
Red Bull, en quête de stabilité, ferait mieux d’éviter de répéter ses erreurs passées. Car si Hadjar a l’étoffe d’un futur grand, l’exposer trop tôt pourrait briser cet élan – et coûter cher à l’équipe comme au pilote.
© Paddock Team
